Pourquoi continuons-nous parfois à répéter des comportements qui nous font pourtant souffrir ? Pourquoi exploser de colère lors d’un désaccord alors que l’on déteste les conflits ? Pourquoi procrastiner sur un projet capital alors que cela décuple notre stress ?
Modélisé par les psychologues Frederick Kanfer et George Saslow, le Schéma SORC est l’outil d’analyse fonctionnelle par excellence des Thérapies Cognitives et Comportementales (TCC) et des sciences comportementales et contextuelles. Sur le plan scientifique, il repose sur un principe fondateur : aucun comportement humain n’apparaît par hasard. Même les réactions apparemment les plus irrationnelles remplissent une fonction précise pour l’organisme, entretenue par un décalage temporel puissant entre le soulagement immédiat à court terme et les coûts différés à long terme.
Sur le plan clinique, le schéma SORC ne constitue pas un exercice d’auto-analyse solitaire : il s’agit d’un support d’auto-observation partagé. Remplie entre deux séances à partir d’un événement marquant, la grille permet de décomposer l’engrenage d’une réaction réflexe sans jugement ni culpabilité, afin d’identifier avec le psychologue les maillons précis sur lesquels agir.
Cet article vous présente les repères essentiels et les consignes pour compléter cette grille, accompagnés d’un exemple concret de recueil.
1. Comment compléter le schéma SORC
Pour compléter votre grille d’analyse fonctionnelle, isolez une situation précise vécue récemment et décortiquez ses quatre maillons successifs :
S — La Situation (Le Stimulus déclencheur)
Décrivez l’événement objectif dans l’environnement qui a précédé et amorcé la réaction :
- Où étiez-vous ?
- Avec qui ?
- Que s’est-il passé factuellement à cette seconde précise ?
Règle d’or : Comme pour les colonnes de Beck, notez uniquement les faits observables, sans jugement d’intention ni adjectif émotionnel.
O — L’Organisme (L’état interne et les filtres)
Quel était votre état global au moment précis où le stimulus s’est présenté ?
- Sur le plan biologique : Fatigue accumulée, faim, manque de sommeil, tension physique ou douleur.
- Sur le plan psychologique : Croyances profondes activées (« On me manque de respect », « Tout repose sur mes épaules »), niveau de stress ou historique émotionnel récent.
R — Les Réponses (Le comportement observable)
Qu’avez-vous fait ou dit concrètement sous l’influence de cette situation et de cet état interne ?
- Avez-vous haussé le ton, claqué une porte, quitté la pièce, vérifié un écran, bu un verre d’alcool ou gardé un silence pesant ?
- Décrivez le comportement moteur et verbal exact qu’une caméra aurait pu enregistrer.
C — Les Conséquences (L’impact temporel)
Séparez rigoureusement les effets du comportement selon deux temporalités déterminantes :
- À court terme : Qu’avez-vous ressenti ou obtenu dans les secondes ou minutes qui ont suivi ? Le plus souvent, il s’agit d’un soulagement immédiat, d’une décharge motrice ou d’une baisse temporaire de tension.
- À long terme : Quel est le prix différé payé quelques heures, jours ou mois plus tard ? Culpabilité, tensions relationnelles, perte d’estime de soi, maintien ou aggravation du problème initial.
2. Exemple de recueil réalisé par un patient
Voici l’analyse fonctionnelle complétée entre deux séances par un patient confronté à des accès de colère récurrents au volant lors de ses trajets professionnels :
| S — Situation | O — Organisme | R — Réponses | C — Conséquences |
|---|---|---|---|
| Rond-point à 18h30. Un conducteur s’insère brusquement sans respecter la priorité alors que je suis engagé. | Journée de travail éreintante. Fatigue intense et céphalée. Pensée automatique : « Les gens sont tous des égoïstes sans gêne. » Rythme cardiaque déjà accéléré. | Coups de klaxon répétés et prolongés. Insultes formulées par la vitre ouverte. Gestes d’agacement marqués au volant. | Court terme : Décharge motrice immédiate ; impression illusoire de reprendre le dessus et d’affirmer son droit. Long terme : Peur intense provoquée chez son enfant assis à l’arrière ; tremblements de tension pendant 2 heures ; honte de son comportement en rentrant chez lui. |
Observation du recueil : Ce relevé met en lumière le piège du conditionnement humain : le comportement agressif (R) a été sélectionné et maintenu parce qu’il procure une décharge immédiate à court terme (C), même si son coût différé à long terme est destructeur pour la paix familiale et l’estime de soi. Cette mise à plat permet d’ouvrir en séance des pistes d’action sur l’organisme (O) et sur des réponses alternatives (R).
3. Conseils pour réaliser l’exercice
- Complétez la grille « à tiède » : Ne tentez pas de remplir le schéma SORC sous le coup de la colère ou de la panique. Laissez retomber l’orage émotionnel, puis prenez 10 minutes au calme avec votre feuille pour reconstituer objectivement la séquence.
- Distinguez soigneusement court et long terme : Ne négligez jamais la case des conséquences à court terme. Si vous notez uniquement des répercussions négatives, vous ne comprendrez pas pourquoi votre cerveau continue à reproduire ce réflexe. C’est presque toujours le bénéfice immédiat de soulagement qui entretient la boucle.
- Apportez votre recueil en séance : Gardez à l’esprit que cette fiche n’est pas un devoir à réussir seul, ni un outil de remise en question solitaire. C’est un support collaboratif destiné à être discuté et travaillé ensemble en consultation avec votre psychologue pour identifier vos meilleurs leviers de changement.
4. Téléchargement de la fiche pratique
Téléchargez ci-dessous le Schéma SORC au format A4 pour votre exercice.